De l’intime au public : assumer sa sensualité sur scène

Dimanche dernier, c’était mon gala de cerceau aérien devant un public de 400 personnes.

Quand j’ai commencé le cerceau en septembre, c’était pour relever plusieurs défis :

  • m’investir régulièrement et sur la durée (!) dans une discipline artistique exigeante (souplesse, force, équilibre)
  • oser faire du sport avec d’autres personnes (ne m’étant jamais très sentie à l’aise en groupe)
  • affronter mon vertige
  • explorer et assumer l’expression de ma sensualité en dehors d’une relation intime

Ça faisait beaucoup à dépasser pour moi, je partais vraiment de loin. Et à quelques mois de la fin d’année, on m’a annoncé qu’il y aurait un gala devant plusieurs centaines de personnes. D’après mes expériences passées, m’exprimer devant un public revenait à me transformer en guimauve tremblante de stress, la gorge nouée, perdant toute clarté mentale, et finissant par fuir ou pleurer.

Rien ne m’obligeait à participer à cet évènement, j’aurais pu refuser et continuer de m’entraîner tranquillement une fois par semaine, à l’abri des regards, pour le seul kiff d’être sur mon cerceau sous l’œil bienveillant de ma professeure et du chouette groupe de nanas dont je faisais partie.

Mais début 2018, j’avais choisi comme mot pour inspirer mon année “Visibilité”. Visibilité et clarté. Or, être au clair avec moi, c’était m’avouer que malgré toutes ces peurs, j’étais super excitée à l’idée de relever ce nouveau défi, de saisir cette opportunité incroyable qui m’était donnée.

Au pire, que pouvait-il m’arriver ? Tomber de mon cerceau, me taper une honte cuisante devant 400 personnes, quitter la scène et pleurer sur mon échec pendant plusieurs jours. J’aurais fini par m’en relever, parce qu’il aurait été hors de question de rester bloqué là-dessus éternellement, et j’aurai retenté ma chance un ou deux ans plus tard. Parce que c’est juste une question de choix.

Mais je ne suis pas tombée de mon cerceau. Je n’ai pas oublié des parties de notre chorégraphie. Je n’avais même pas la gorge nouée. J’étais on ne peut plus présente, corps et âme, à cet instant qui est passé à la vitesse de l’éclair. Ça a été une expérience absolument magique, intense et électrisante ! En tant que grande introvertie, j’en ai été la première surprise.

Mais j’ai pris conscience que ma force résidait précisément dans l’intensité de mes émotions intérieures et que je pouvais les utiliser pour me porter. Ouvrir, plutôt que fermer. Déployer, plutôt que restreindre. En me concentrant sur l’intention que je voulais transmettre sur scène, sur les visages familiers qui étaient présents avec moi pour vivre ce moment, et sur la chance que j’avais d’être ici, j’ai pu mettre de côté ma petite histoire de fille timide et coincée pour donner le meilleur de moi-même et réécrire mon histoire personnelle. Au lieu de me mettre la pression en me disant “il faut que tu brilles”, je me suis dit “hey meuf, t’as de la droit de la péter, c’est ton moment !”

Huit mois d’entraînement pour 4 minutes de performance. Une seconde avant l’ouverture du rideau, tous ces souvenirs se sont superposés en moi avec une intensité émotionnelle qui traverse les mots. J’étais pleinement là, nous étions toutes là, ensemble. Reliées. J’en garde un souvenir impérissable, ainsi que du travail accompli cette année sous la supervision de notre fabuleuse professeure Amandine Védrine, qui nous a guidé avec exigence, bienveillance et une bonne dose d’humour salace pour nous détendre au fil des mois.

Dimanche, je débordais tellement de gratitude et d’intensité émotionnelle qu’il m’a fallut 48h pour atterrir et me remettre à travailler derrière un écran, cet outil étrange déconnecté du réel. Je crois que je suis encore un peu là-bas. Mais je reviens vite, c’est promis.

Psst : si tu me cherches, je suis tout à droite sur la vidéo 😉

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Et toi, as-tu déjà eu une expérience sur scène ? Ou la consécration d’un travail de plusieurs mois/années qui te transporte hors du temps ? Comment c’était, et comment as-tu vécu l’après ?