Et si tu commençais à parler en ton nom ?

Que se passe-t-il quand tu ne parles pas en ton nom ? Et d’abord, qu’est-ce que cela signifie de parler en son nom ? Est-ce que c’est juste utiliser des citations à longueur de journée plutôt que de prendre le risque de s’exprimer ? Ca signifie arrêter de se cacher derrière ses connaissances et ses croyances et commencer à utiliser ses propres mots pour décrire ce que l’on vit et ce que l’on veut transmettre.

Pour prendre un exemple bien connu de ceux qui cheminent sur leur développement spirituel, méfiez-vous de ceux qui disent « En ce moment, je traverse ma nuit noire de l’âme ». Franchement, c’est des conneries. J’ai jamais entendu quelqu’un dire ça sans se toucher derrière en mode « j’affronte mes démons, t’as vu, je suis trop évolué spirituellement ». Quelqu’un qui traverse ses ténèbres intérieures, il n’a pas besoin de le dire : il en chie grave et ça se voit. Inutile de mettre une voix-off par dessus pour souligner l’évidence. Même chose pour ceux qui utilisent des diagnostics médicaux ou des théories scientifiques pour justifier leur état à longueur de journée.

Pourquoi je dis ça, c’est un peu salaud, non ? Après tout, ça ne rend pas forcément moins réel leurs souffrances ni ce qu’ils traversent.

Certes. Mais quand tu utilises les mots des autres (ceux de la science, de l’art, de la spiritualité ou de ta grand-mère), la plupart du temps, tu te casses dans le mental et l’ego. Celui qui aime bien se la péter, celui qui aime bien se victimiser, peu importe. Tu perds ton centre. Ton ancrage, ton pouvoir. Au lieu de t’impliquer vraiment dans ce que tu vis, dans la reconnaissance de ton état (ce qui serait la première étape pour en sortir), tu te contentes de le subir. Un peu comme un malade à qui on a dit ce qu’il avait et qui se laisse prendre en charge sans plus se poser de questions. Tu fais plus confiance aux autres qu’à toi, tu leur délègues la responsabilité de ton état (et donc ta guérison), comme si ce qui t’arrivait t’était tout à fait étranger. Ensuite, tu vas acheter aux autres les solutions pour t’en sortir et l’espoir qui va avec.

Variante : quand tu fais appel à des milieux, cultures, cosmogonies et pratiques qui ne sont pas les tiennes. Il est fort probable que tu te réfugies derrière une image de toi-même à laquelle tu t’identifies ou aspires : ça me rend sage, ouvert, multiculturel, original, intéressant. Je rejette ma propre culture (que je connais d’ailleurs mal, mais peu importe, l’herbe est plus verte ailleurs), parce que ça me donne du relief, du caractère, je me sens lucide et rebelle, je fais partie de ceux qui savent. Je n’intègre ce que je découvre qu’au niveau mental (j’ai bien appris ma leçon et je sais la répéter aux copains) mais ça doit être parce que je suis occidental, entouré de gens toxiques, que la société m’a lobotomisé… il faut que je continue d’y croire, que je persévère, ça viendra.

Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas s’intéresser aux autres milieux, méthodes et cultures, hein, entendons-nous bien. De la même manière qu’il est important de voyager pour porter un autre regard sur notre environnement, il est capital de s’intéresser à d’autres manières de faire et d’aborder la spiritualité, l’alimentation, la médecine ou tout autre domaine. Non je parle de ceux qui ont tendance à se raccrocher aux méthodes orientales comme on dévorerait des livres pour se convaincre qu’on est intelligent. C’est un peu le principe de la sagesse par association : ils sont sages (vraiment ? C’est quoi la sagesse pour moi, pourquoi est-ce que je veux l’atteindre ?) alors si je fais comme eux, je deviendrai sage aussi, forcément.

Je vous parle ici de spiritualité, mais ça vaut pour tous les domaines pour lesquels on se passionne. C’est juste que je trouve ça plus drôle encore avec les gens spirituels, c’est un peu le high level du foutage de gueule. Sans savoir ce qui leur parle vraiment là-dedans, qu’ils pourraient laisser infuser puis extraire pour enrichir leur pratique personnelle, ils plongent à cœur perdu dans l’abîme et s’affublent de tout le décor qui est vendu avec : la gestuelle, les objets, les vêtements, le vocabulaire, etc… Ce qu’ils prennent pour de l’investissement n’est en réalité qu’une mascarade grotesque, reflet de l’influence qu’ils ont subi ; à l’intérieur, ça sonne toujours creux.

Alors, comment savoir si on s’est égaré sur ces chemins-là ? Car en vérité, on va pas se le cacher, je ne suis pas sûre que l’on puisse tout à fait s’en prémunir. À moins de posséder une connaissance de soi, un humour et de l’auto-dérision exceptionnellement bien dosés, on passera forcément à un moment donné par là.

Et bien, il y a un moyen très simple de le savoir. Est-ce que lorsque tu te connectes à ça, tu te sens à ta place (peu importe où tu en es actuellement) ? Est-ce que tu éprouves du plaisir, de la joie, de la curiosité ET aussi de la peur, de la méfiance, des doutes ? Est-ce que tu fais souvent appel à ton discernement et ta raison vis-à-vis de ces connaissances extérieures ou est-ce qu’il s’agit d’un refuge confortable derrière lequel tu te planques quand les temps sont durs, pour te sentir appartenir à quelque chose, te rassurer sur ta valeur, ta place, ton rôle ?

Est-ce que tu es capable de trouver d’autres mots, les tiens, pour décrire tes états intérieurs et tes expériences de vie ? Car quand tu fais cet effort-là, tu te reconnectes immédiatement à toi. Juste toi. Tes idées, tes émotions, ta créativité, ta culture… Ça peut te sembler moins glorieux, moins élaboré, moins sérieux, moins profond, plus bancal, simple, enfantin, ridicule et pourtant, c’est précisément là que tu touches vraiment à ta vérité, là que tu rejoins l’espace où tu te situes vraiment. Là que tu peux commencer à avancer.

Et c’est aussi là que tu touches le cœur des gens. Dis-toi bien que personne n’attend de toi que tu sois plus sage, complet ou éveillé que tu ne l’es aujourd’hui. Ceux qui parlent par les mots des autres sont tous aussi désaxés et largués que toi quand tu tombes dans ces travers-là. Ils ne sont pas plus avisés que toi, c’est juste l’image à laquelle ils se raccrochent eux aussi pour se rassurer.

Lorsque tu commences à parler en ton nom, quelque soit là où tu es, tu dégages de l’authenticité et les gens te respectent et t’écoutent pour cela. C’est aussi simple que ça. Tu n’as pas besoin de t’inventer des histoires, un style ou de te démener corps et âme pour être ailleurs que là où tu te trouves actuellement. Commence ici. Et tu seras déjà bien plus loin.

*

Et toi, dans quel domaine utilises-tu les mots des autres, sens-tu leur influence sur ta manière d’être, penser, faire ? Dis-le moi dans les commentaires. Tu penses que cet article peut intéresser quelqu’un ? N’hésite pas à le lui partager 😉

8 comments

  • Gaëlle

    Merci, je venais juste de poser une question à l’Univers, j’ouvre ton email, je lis ton article et voilà, MERCI !

    • Lou des Steppes (author)

      A ton service, ahah ! J’aime savoir que même quand je fais un article pour râler sur les comportements qui m’agacent, ça file un petit kick à quelqu’un à point nommé ^^ Hâte de voir ce que ça va donner, quand Gaëlle parle en son nom !

  • Nathalie

    Ton article est comme une piqûre de rappel…Merci !
    Pour ma part, j’étais (et je le suis encore) sous l’influence de toutes ces idées en développement personnel, spiritualité, paganisme, luttes sociales politiques etc. Je pense en effet, qu’il a été nécessaire que je passe par cette quête de sens pour me (re)trouver. Et au final, comprendre que le sens c’est à moi seule de le créer. Ensuite, j’ai osé exprimer des parties enfouies en moi et ça a été le premier pas vers ma liberté…

    • Lou des Steppes (author)

      Exactement ! C’est normal d’ingurgiter un max d’infos sur ce qui nous intéresse pour parvenir à comprendre où on se situe par rapport à ça. C’est pour ça que je disais qu’a priori, il n’y a pas moyen d’éviter de passer par cette phase-là. Tout comme un artiste va d’abord reproduire avant de développer son style. Mais à un moment, pour en sortir, il faut commencer à parler à notre tour, se risquer, se planter et persister. C’est en s’exprimant que l’on commence à saisir notre vérité et qu’on peut l’ajuster peu à peu, creuser dans la masse. Quand elle est juste “dans notre tête”, ça ne va pas bien loin. L’ironie, c’est qu’on constate que malgré nos peurs, lorsqu’on n’essaie pas de faire genre qu’on s’y connaît grave, les gens nous critiquent beaucoup moins et nous pardonnent beaucoup plus. Il faut juste oser. 🙂

  • Carole

    Bonjour Lou et merci pour oser ta vérité !
    Peux tu nous dire d’où vient ton inspiration, comment tu t y connectes ?

    • Lou des Steppes (author)

      J’ai peur d’avoir une réponse confondante de simplicité, mais je vais tout de même tenter de développer : du fait que je ne m’inquiète pas de manquer d’idées et que je ne cherche pas à être originale (avant oui, résultat je me censurais et sortais un truc convenu au prix d’un effort colossal).

      Je ne me soucie donc plus du sujet, de l’angle à trouver, du style d’écriture, mais simplement de ce que j’ai envie de dire. Le fait est que je n’ai aucun moyen d’avoir le recul pour voir/juger ce que je produis ; ce sont les autres qui le peuvent. Tout ce que je sais, c’est que si je parle depuis mon cœur, c’est sincère. Pas original, pas spécial, mais honnête. C’est ma voix, ma vision, aussi imparfaite soit-elle au stade où j’en suis.

      Souvent, l’impulsion d’écrire part d’un truc bête. Pour trouver ce que j’ai envie de dire, je vis mon quotidien en étant attentive à ce qui se passe autour et en moi, ce qui déclenche des émotions, ce qui m’énerve, me rend triste, me fait peur… Ce qui m’interroge aussi, ce que je ne parviens pas à saisir. Et j’écris dessus pour développer, creuser, aller plus loin. Je sais rarement où je vais aller quand je commence à écrire, je me contente d’attraper l’élément qui a déclenché l’envie d’écrire, si petit soit-il, et de me mettre tout de suite à écrire pour pouvoir remonter le fil jusqu’à la source.

  • la.lalaitou

    Pareil, ça tombe pile en matière de synchronicité. Une amie m’a dit d’écrire pas de témoigner. M’a parlé d’être “auteur” mais dans le sens de parler en son nom justement, je pense. Ca m’a fait un effet puissant.
    Et là, je lis ton texte.
    Merci !

    • Lou des Steppes (author)

      Ouais en fonction de ta relation à ce mot, “témoigner” peut te renvoyer à une position de victime, de passivité, et si c’est le cas c’est pas terriblement inspirant, c’est sûr.
      Vu que t’es créatrice, en tant qu'”auteur”, tu te réappropries ton histoire différemment, parce que tu la vois avec un cran de recul supplémentaire, pas seulement en tant que celle qui vit l’histoire, mais aussi en tant que celle qui la raconte et la transmet pour offrir quelque chose aux autres. La dimension artistique ajoute une dimension transcendantale (dans le sens où l’exploration de ton histoire personnelle devient un support pour rejoindre l’universel, le collectif, l’humain et ce faisant, tu transmutes ton histoire en changeant ton regard sur elle).
      Ravie d’avoir apporté une pierre supplémentaire à cet effet de puissance que tu as ressenti, et qui est tout simplement relié à l’affirmation de soi 🙂

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