Personne ne nous fait du mal sans notre autorisation

Quand quelqu’un nous déçoit, nous blesse ou nous énerve, nous faisons souvent l’erreur de prendre 0 ou 100% de la responsabilité. Une troisième option, plus épineuse encore, consiste à prétendre en prendre 50%. “Hey, j’ai fait ma part, hein ! C’est à l’autre maintenant.” La situation ne bouge pas, car la vie se moque bien de savoir qui a tort ou à raison, qui est gagnant ou perdant dans une situation. Si les choses se présentent ainsi à nos yeux, c’est que l’on ne regarde pas là où il faut.

La plupart des gens se contentent d’accuser l’extérieur de les persécuter : ceux-là prennent 0% et se condamnent à voir la situation se répéter indéfiniment, puisque s’ils pensent intérieurement être victimes ou malchanceux, alors le monde extérieur leur renverra l’écho de cette croyance-là. Car l’extérieur est le reflet de ce qui se passe à l’intérieur. Toujours.

D’autres personnes, sur le chemin de leur évolution, comprennent que pour qu’une situation évolue, il est nécessaire qu’elles reconnaissent qu’elles ont une part de responsabilité dans ce qui leur arrive. Mais bien souvent, elles en prennent la totalité et la situation se répète encore, inlassablement. Si un voisin vient les harceler, un proche ou un collègue les blesser, elles considèrent que c’est de leur faute, qu’elles ont mal agi et devraient corriger leur comportement pour que la personne change aussi. Pour qu’elles cessent d’attirer à elles ce genre de problématique.

Cela est vrai. Mais en pensant prendre leur part de responsabilité, c’est précisément là qu’elles la fuient. En cas de conflit, elles vont par exemple se montrer plus compréhensives, plus aimantes, plus patientes. Elles vont diminuer leur importance et, ce faisant, espérer que l’autre se montrera à son tour plus compréhensif, aimant, patient. Car ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur, pas vrai ? Mais ce n’est pas ainsi que les choses fonctionnent. Un conflit signifie que l’on n’a pas respecté une part de notre être. Par conséquent, l’autre ne la respecte pas non plus. Et se diminuer ne fait qu’amplifier cet effet-là.

Parce que l’autre a touché à une blessure en nous, on devient vulnérable et l’on se décentre de nous-même. On n’agit plus en accord avec notre part lumineuse, mais en réaction à nos peurs, nos manques. On laisse une brèche ouverte pour s’engouffrer. Personne ne nous fait du mal sans notre autorisation.

Comment alors, (ré)agir justement ? En respectant la partie de nous que nous n’avons pas respecté : en posant nos limites. En disant à l’autre « Là, tu as dépassé un seuil qui ne me convient pas. Ca me blesse, je ne suis pas d’accord pour subir ça. » Nul n’est besoin de se justifier ici. Ce n’est pas notre tâche que de rassurer l’autre sur nos intentions, de même que ce n’est pas la nôtre que de juger les siennes, c’est contourner ce qui a besoin d’être dit. Faire diversion avec nous-même sur ce qui se joue réellement. Pour aimer et être aimé justement, il nous faut d’abord nous aimer de la même manière. Si je ne respecte pas mes limites, personne ne les respectera pour moi.

Il n’est jamais trop tard pour poser ses limites, même si on n’a jamais su le faire par le passé. A la seconde où l’on décide de le faire, les choses changent. Et parce qu’on a fait le pas de reconnaître la partie de nous que nous n’avons pas respecté pour la défendre et la protéger, alors la situation évolue. Une fois respecté, nous pouvons ensuite nous montrer compréhensif, aimant, patient. Mais généralement, ce qui avait provoqué le conflit au départ est soudain désamorcé. Parce que la leçon que la vie nous a présentée a été entendue et intégrée.

Et parce que l’intention première de l’autre n’est pas de nous blesser, il réajustera son comportement. L’erreur réside souvent simplement dans le fait que l’on attend de l’autre qu’il agisse comme nous agirions avec lui, qu’il sait ce que nous attendons de lui. Comment le saurait-il si nous n’exprimons rien ? Nous n’avons pas les mêmes limites, ce qui est acceptable pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Et ce qui est acceptable un jour ne l’est pas forcément celui d’après.

Une fois les limites posées, au lieu d’avoir du ressentiment, nous nous sentons soulagé. Nous devenons capables (parfois avec du temps) de remercier l’autre pour nous avoir donné l’opportunité de faire la lumière sur cette part d’ombre intérieure que nous ne percevions pas jusqu’ici. Parfois, cette gratitude ressemble à « Merci de t’être comporté en connard/asse ou lâche pour que je puisse réaliser à quel point je ne me respectais pas et jusqu’où j’étais prête à aller pour comprendre cela. » En apprenant à nous respecter, nous apprenons aussi à voir la beauté cachée des interactions, miroir de notre évolution. Et comme elles reflètent le pire comme le meilleur, en nous respectant, nous incitons ensuite les autres à faire de même.

Dans certains cas d’abus, il peut être utile de faire appel à une autorité compétente pour se défendre. Par la suite cela ne sera plus nécessaire. À condition de continuer à prendre soin de nous respecter. Avec le temps, on finit par devenir plus attentif aux dépassements de nos limites, et à les exprimer dès les premiers signes. Jusqu’au moment où il ne devient plus utile de le faire, car il n’y a plus de brèche par laquelle s’engouffrer. Non pas parce que l’on s’est consolidé, emmuré dans notre défense, mais parce que l’on s’est pleinement ouvert. Et que l’on a trouvé notre véritable puissance dans notre vulnérabilité.

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Dans quelles situations actuelles as-tu encore des difficultés à poser des limites ? Dis-le moi dans les commentaires ou contacte-moi ici. Tu penses que cet article peut intéresser quelqu’un ? N’hésite pas à le lui partager 😉

2 comments

  • Isabelle

    Wahou, quel article. Bizarrement ce que tu as écrit a fait écho en moi dans mes relations amoureuses… mais aussi dans les devoirs en groupe. Trop souvent, j’ai accepté des situations qui me convenaient pas genre le délai dont j’avais besoin pour faire la mise en page n’était pas respecté, ou des choses agaçantes comme ça. La solution que j’ai trouvé n’est peut-être pas la meilleure (elle demande beaucoup d’énergie) mais ça consiste à me transformer en tyran/dictatrice et à sans arrêt répéter de se bouger les fesses pour avancer sur le projet. Le délai dont j’ai besoin est respecté mais c’est épuisant à la longue ! Merci pour cet article, je pense qu’il y a quelque chose à creuser chez moi de ce côté là ! 🙂

    • Lou des Steppes (author)

      Ahah la tyran ou la soumise, se durcir ou se ramollir, les deux pendants d’une même médaille : la peur. On oscille généralement d’un côté ou de l’autre en fonction de la situation (bien qu’on pense souvent n’être que d’un seul côté). Nos mâchoires se resserrent, notre ventre se noue…

      En ce qui me concerne, le seul moyen que j’ai trouvé pour m’en libérer, c’est de me demander “quelle peur que je n’exprime pas par honte, culpabilité, par crainte de paraître faible, se dissimule derrière la situation ?” Quand j’en ai trouvé une, je me demande ensuite “pourquoi ?” et d’autres peurs surgissent, de manière à remonter le fil jusqu’à la peur fondamentale, la plus simple.

      C’est celle-là que je choisis d’exprimer aux autres, celle qui me fait le plus peur, qui me semble la plus démesurée, stupide ou déplacée. De l’exprimer permet deux choses : la première, de lui faire perdre de sa force, sa consistance. Une fois déclarée, elle sort à l’extérieur de nous et apparaît pour ce qu’elle est : quelque chose de bancal, qui ne tient pas debout. La seconde, c’est qu’afficher notre peur aux autres nous rend vulnérable et donc humain à leurs yeux. Ca fait retomber la pression, le silence et/ou l’agressivité des deux côtés.

      Naturellement, plutôt que d’aller “contre” nous, ils vont alors chercher à nous aider, pour avancer avec nous. Parce qu’on est humain (à moins de tomber sur un psychopathe sans émotion), on ne tire pas sur une ambulance. Et par effet miroir, il est fort probable que l’autre en face se mette à son tour à exprimer ses propres peurs (c’est plus facile quand on n’est pas le premier) et qu’ainsi, chacun se comprenne mieux. Ce n’est qu’en déposant les armes aux pieds de l’autre que l’on peut parvenir à s’entendre vraiment. Mais comme cela demande du courage de s’exposer, 90% du temps, chacun reste campé sur ses positions. Alors qu’il suffirait d’un pas. 😉

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