Pourquoi j’attire des gens mal dans leur peau alors que je m’efforce d’aller de l’avant ?

J’ai vu le film To the Bone hier, sur l’anorexie. D’une justesse qui prend aux tripes. J’ai eu des troubles alimentaires plus jeune, aussi. Jamais au point de tomber dans l’anorexie, même si j’étais très maigre. J’imagine que mon programme interne qui m’obligeait à rester forte, à ne pas faire de vagues ni trop montrer mes faiblesses m’a préservé de cet abime-là. Je me contentais de frôler la mort à une distance règlementaire. Pour ne pas attirer trop l’attention sur mon cas, pour ne pas causer de peine à mon entourage.

Mon indice de masse corporelle restait malgré tout en dessous de 15, ce qui indiquait une dénutrition. J’étais très maigre, mais pas au moins qu’on m’hospitalise. Un jour au lycée, une fille de ma classe m’a dessiné avec un long cou et de grandes cernes. J’ai grimacé en voyant le résultat, je me trouvais cadavérique, jusqu’à ce qu’elle précise, pétillante « J’adore trop ta maigreur et tes cernes, je trouve ça morbide. C’est beau, je voudrais trop te ressembler ! » A l’heure d’aujourd’hui, je pense pas qu’on m’ai sorti avec autant de sincérité une phrase aussi déplacée que celle-là. Putain faut vraiment que j’arrive à prendre du poids, j’attire trop les perchés…

Je ne cherchais pas à perdre du poids volontairement, bien au contraire, j’aurais aimé ne pas être aussi maigre, car je complexais beaucoup dessus. J’avais simplement peu voire aucun appétit et j’étais incapable de me forcer à manger. Même ce que j’ingérais ne restait pas dans mon corps bien longtemps. Me mettre à table représentait pour moi un moment de souffrance, de malaise social général mais bien dissimulé, un petit théâtre auquel je ne voulais pas participer. Rien que d’être à table en compagnie d’autres personnes représentait un calvaire que j’aurais aimé m’épargner. J’ai rien à foutre dans ce monde-là, me disais-je, je veux bien l’observer de loin, mais pas question de m’en mêler. De toute façon, j’ai essayé de m’adapter, mais on ne veut pas de moi, je ne sers à rien et je ne trouve pas ma place, alors l’affaire est réglée.

Je voyais tout par le prisme de mon mal-être intérieur et parce que j’étais focalisée là-dessus, mon empathie me faisait ressentir aussi celui caché chez les autres. Je ne comprenais pas que l’on puisse prétendre que tout allait bien, ça me mettait dans une rage folle. Mais extérieurement, je ne disais rien. Comme tout le monde. Je me contentais de passer un temps fou à trier et mâcher mes aliments pour ne pas les avaler. J’inventais tout un tas d’excuses pour m’en débarrasser. Ca rendait fous mes parents. Ce qui est souligné dans ce film, c’est que cette maladie n’a rien à voir avec la nourriture, dans le sens où elle n’en n’est que la manifestation, le résultat du trouble, l’option choisie pour l’exprimer, pas la cause. Ca à a voir avec choisir la vie ou choisir la mort, comme toute addiction mettant notre vie en danger.

À un moment, le docteur emmène ses patient(e)s à une exposition artistique qui les poussent à oser marcher sous la pluie. Métaphore facile mais efficace, l’instant est particulièrement beau à voir. En sortant, l’héroïne du film, même si elle a passé un bon moment, s’éloigne du groupe pour s’allumer une clope. C’est sa manière de refermer la porte qui s’est ouverte en elle, de retourner à ce qu’elle connait. Sa manière de dire “Yeah, well… Fuck that shit.” Le docteur la rejoint.
« Je sais où vous voulez en venir. La vie est belle, toutes ces conneries.
– Et ça t’énerve parce que…?
– Parce que c’est vrai ! Enfin, je sais qu’elle peut l’être. Mais je n’arrive pas à m’arrêter. Et je ne sais même pas pourquoi. Mais je n’y arrive pas. »

De fait, si elle ne sait pas pourquoi, c’est parce que ce sentiment est tellement généralisé, il semble tellement toucher à tout, qu’on finit par ne plus savoir à quoi il est rattaché. Tout au long du film, malgré quelques moments d’espoir, la fille se laisse mourir à petit feu jusqu’au moment où sa mère lui dit, pleurant :

« Je veux juste que tu saches que je l’accepte… Si mourir est ce que tu veux, je l’accepte. Je l’accepte mais je t’aime… Mais je ne me battrais plus contre toi. »

Sur ces mots, elle part. Terrifiée, sa fille lui demande de la nourrir, pour la première fois. Puis elle part marcher dans la montagne et, épuisée, s’endort par terre. La lune est pleine et rayonne de sa lumière froide sur son corps fatigué. La scène bascule dans un rêve initiatique où elle rencontre deux parts d’elle-même. Celle qui veut vivre et celle qui veut mourir. Ce n’est que lorsque celle qui veut vivre s’autorise à poser le regard sur celle qui veut mourir que tout s’arrête. Celle qui veut mourir est morte. Son cadavre git au sol, balayé par la poussière. Devant l’horreur de cette vision, elle rouvre les yeux et se décide à vivre.

Alors bien sûr, on peut trouver cette conclusion un peu facile, genre « Ouais, l’épiphanie bien pratique qui règle un problème beaucoup plus complexe que ça. Bon après tout, c’est juste un film » mais ça serait passer à côté d’une vérité essentielle qui est exposée là.

Plus jeune, je voulais mourir. Mais je n’avais pas le cran d’infliger une telle peine et culpabilité à ma famille, même s’ils ignoraient la gravité de mon état. Ils avaient leurs propres problèmes à gérer et je ne communiquais plus, persuadée que c’était devenu inutile, qu’on ne m’écouterait pas. J’avais songé à faire passer mon suicide pour un accident, à me faire renverser sur la route. J’y pensais tous les jours en traversant les trottoirs. Ca serait si facile d’avancer sans regarder à gauche et à droite… Mais la douleur pour ma famille aurait été la même, la culpabilité aurait tout de même percé leur armure de fer, et c’était sans compter la possibilité de me rater et finir mes jours dans un fauteuil. Être coincée dans mon corps en plus d’être coincée dans mon esprit, bonjour le cauchemar !

Non si je devais disparaître, il n’y aurait pas d’appel au secours, pas d’avertissement, pas de première tentative. Ce serait inattendu, brutal et injuste, comme la mort. Et chacun se demanderait pourquoi sans obtenir de réponse, car chacun aurait été trop centré sur lui-même pour lire derrière les signes avant-coureur cachés derrières les masques du quotidien. Car la mort raye toute possibilité de rattraper le temps.

J’en ai longtemps voulu aux gens de mon entourage de ne pas savoir lire la détresse derrière mon comportement, parce que c’était pour moi si évident avec les autres que la seule raison possible à leur ignorance me concernant, c’était que je ne valais rien. J’étais un fardeau, une déception, j’étais fade et invisible. Que je sois là ou pas ne faisait aucune différence tant ma nullité affligeait mes proches. On me supportait parce qu’on ne pouvait pas faire autrement, c’est tout. Souhaiter la mort de quelqu’un est une chose trop horrible pour la formuler à voix haute, mais j’étais convaincue que ça ne pouvait être qu’une libération pour le monde, car je n’aurais jamais été en mesure d’être à la hauteur de leurs attentes.

Ignorer la détresse de quelqu’un qui est en vie est chose facile. L’ignorer à sa mort est plus difficile. A défaut d’avoir eu de l’importance dans la vie des gens (car alors, j’étais incapable de la percevoir), je fantasmais d’en avoir à ma mort. Ne trouvant pas la force de m’ôter la vie, parce que “il y a des gens qui ont des vrais problèmes”, et crever pour les miens ça serait vraiment ingrat, j’ai opté pour une mort à petit feu, lente et invisible. Autorisée. J’ai commencé à fumer pour la même raison, d’ailleurs. Comme quoi les ados ne mettent pas toujours leur vie en danger pour s’intégrer et faire comme tout le monde.

On peut en vouloir à ceux qui nous entourent, on peut nourrir ce sentiment pendant des années, toute une vie même mais au bout du compte, chacun fait au mieux avec les cartes qu’il a reçu. Toujours. Et mes cartes ne sont pas celles des autres. Si moi je peux lire chez les autres, je dois apprendre à leur communiquer ce qu’il y a chez moi. C’est trop facile de se trouver des excuses pour ne pas avancer. De se dire « personne ne me comprend, personne ne voit qui je suis, tout au fond ». On le fait tous à une certaine échelle. On entretient tous ce comportement immature, de gosse qui geint parce qu’il a jeté son hochet par terre pour la énième fois et que personne ne semble s’en préoccuper.

Je crois que c’est Anaïs Nin qui disait « Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont, nous les voyons telles que nous sommes. » Virginia Woolf avait aussi compris cela. Pourtant, les deux se sont suicidées. [edit : seule Virginia Woolf, merci pour l’info !] Parmi les écrivains qui m’ont le plus touché, dont je me sens le plus proche, une grande majorité se sont ôtés la vie. Autant dire que ça ne m’a pas donné vraiment foi en l’avenir. Je me disais « à quoi cela sert-il d’avoir une lucidité pareille si elle ne nous apporte aucun épanouissement ? Si ça nous mène vers une mort prématurée ? » La lucidité peut être un véritable fardeau, car elle vient avec une conscience de notre propre responsabilité.

Peut-être à leur époque, cette capacité de discernement ne trouvait pas de terrain favorable à leur épanouissement personnel. Même l’amour et la reconnaissance de leurs congénères n’y a semble-t-il rien changé. Elles restaient seules face à l’immensité de leur souffrance. De leur vide intérieur. Les choses sont-elles vraiment différentes aujourd’hui ? Disposons-nous de plus de ressources pour s’en sortir ? J’aime à le croire. Mais je sais aussi qu’à l’intérieur, ce combat entre la vie et la mort n’a rien perdu de son envergure. Les joies et souffrances qu’il engendre au quotidien sont une réalité à laquelle il est impossible d’échapper. On peut avoir à disposition toutes les ressources pour avancer et passer malgré tout à côté. Pourquoi ?

La seule question, à laquelle il nous faut répondre sincèrement, c’est-à-dire pas trop hâtivement, comme si c’était l’évidence même, c’est : est-ce que je veux vivre ou est-ce que je veux continuer à blâmer les autres et la vie pour mon désir de mort non assumé ? Chaque fois que l’on dit « je n’ai pas le choix », « je dois subir ….. avant de pouvoir …. », « si seulement… alors je pourrais…. », « si j’avais….. alors j’aurais pu…. » on répond non à cette question.

Tant que je tiens les autres ou les évènements responsables de mes choix, de qui je suis, l’énergie de vie se retire de moi, comme un enfant non-désiré. Ca vous semble évident ? Tant mieux, c’est que vous avez fait du chemin dans votre évolution personnelle, ou juste que vous avez été admirablement épargné par l’auto-sabotage tout au long de votre vie (auquel cas, vous êtes un robot google uniquement là pour compter les mots-clefs de la page) !

Pour autant, une fois qu’on a repris notre chemin, récupéré quelque nourriture appétissante, amassé quelques raisons de vivre dans notre sac, le même problème re-surgit. Sauf que cette fois, on se trouve de l’autre côté du miroir. A juger ceux qui n’avancent pas, ceux qui se victimisent, ceux qui accusent leur environnement, leurs expériences passées pour leur échec présent, ceux qui geignent à longueur de journée et ne font rien. C’est vrai quoi, quand on est arrivé à se sortir de là, on n’a pas envie de se traîner à nouveau un boulet émotionnel ! « Ils n’ont qu’à se bouger le cul, quoi, je veux bien leur tendre la main, mais je ne vais pas sombrer avec eux non plus ! Je ne suis pas mère Théresa ! » Mais alors pourquoi est-ce qu’on continue d’attirer des gens comme ça ? Est-ce uniquement parce qu’on est une oreille attentive, une bonne poire, ou bien y-a-t-il une autre raison à cela ? Cette virulence que l’on entretient à leur égard, comme s’il s’agissait de la peste, que dit-elle de notre cas ?

Je me permets ici une digression en me demandant ce qu’auraient répondu Anaïs Nin et Virginia Woolf si, à l’ère d’aujourd’hui, on leur avait dit « Fais un effort, quoi, arrête de te victimiser ! Fais des affirmations positives devant ton miroir, ça ira mieux. Tu es responsable de la merde qui est devant tes yeux, après tout. Quand on veut on peut. » ?

Quand on reprend les rennes de sa vie, on a parfois tendance à oublier combien l’énergie de vie nous manquait quand on était au plus bas. Que non, la volonté ne fait pas tout. On l’oublie, car on a choisit d’ignorer la voix, la pulsion de mort en nous qui nous pousse à rester en mouvement permanent, de peur de se perdre à nouveau. C’est parce qu’on ne veut plus l’entendre, qu’on veut se convaincre qu’on l’a tuée qu’on se montre si dur avec ceux qui parlent par cette voix. Lutter contre cette voix, comme si elle ne faisait pas partie intégrante de nous, c’est la mettre à l’extérieur de nous, c’est l’entendre chez un autre et la rejeter. A l’intérieur, on continue de lutter avec, et ce combat perpétuel nous épuise.

Au fond, on sait que c’est toujours là. Mais on ne sait pas quoi faire d’autre que de se débattre pour rester à flot. « Après tout, la vie est une lutte, c’est des hauts et des bas, hein ? Impossible d’échapper à cette souffrance, il faut rester fort face à l’adversité, c’est comme ça qu’on avance ! » On s’évertue à faire comme si tout allait bien – on galère un peu bien sûr, sinon ça ne serait pas crédible, mais dans le fond ça va, pas de raison de remuer la merde. Y a pire. D’ailleurs le pire, on s’efforce de ne pas trop y penser, ça pourrait nous faire bader et alors notre petit château de cartes s’effondrerait. Donner le change, tout en restant bien à l’écart de ceux qui n’y parviennent pas, pour se protéger de ce qu’ils nous renvoient, on sait faire. C’est qu’on ne voudrait pas chuter une nouvelle fois. Ca va mieux maintenant hein, j’ai réglé le plus gros de mes problèmes ? Je suis sur la bonne voie !

La question ici n’est pas de savoir s’il faut sauver ou pas les autres, ce n’est pas une question éthique (et d’ailleurs se sauver soi-même, c’est déjà suffisamment de boulot). La question c’est « pourquoi est-ce que je réagis avec dureté aux personnes dans ce cas-là ? » Pourquoi est-ce que je fais genre “j’en ai pseudo-rien à foutre mais j’en parle quand même”, pourquoi est-ce que ça m’énerve, pourquoi est-ce que je les plains ? A quoi est-ce que cela me renvoie chez moi ? Ce que je ne supporte pas chez un autre est une part de moi que je n’ai pas intégrée. Dès lors que j’accepte qu’elle est là, que je reconnais que cette peur m’habite, elle perd de son pouvoir et au lieu de me prendre ma force vitale, elle m’en donne. Car alors je ne lutte plus contre le cycle de la vie, mais je l’accepte entièrement.

Par le passé, j’ai été dure, arrogante, méprisante même, avec des gens proches en difficulté. Particulièrement ceux auxquels je tenais le plus. J’ai tellement galéré à repousser cette pulsion de mort chez moi que j’étais constamment attirée par ceux qui l’exprimaient. Et eux étaient attirés par moi, parce que les choses sont bien faites. Je leur reconnaissais une belle authenticité que je ne m’autorisais finalement pas autant que je le pensais, puis je m’éloignais d’eux pour cette même raison. Je jouais à celle qui est passée par là mais qui ne retombera plus dans le panneau. Si j’ai déjà donné, pourquoi est-ce que je continue d’être attirée par des personnes comme ça ? Attirée ou repoussée, d’ailleurs. Les types de comportement qui ne me font ni chaud ni froid, je les remarque à peine.

Parce que cette pulsion de mort que je n’assumais pas me faisait replonger chaque fois dangereusement vers mon vide intérieur, je flippais complètement et me tirais à l’autre bout du monde pour respirer. Pour me recentrer, reconstruire mon petit château de cartes qui avait commencé à flancher. Puis je revenais en pensant avoir tout compris et je recommençais. Rien que d’écrire cela, mon corps se détend, mon ventre et mes hanches retrouvent leur souplesse, mes jambes leur ancrage. Ainsi, aussi pénible cela puisse-t-il être à admettre, je sais que c’est juste. Le corps ne ment jamais. Et je sais aussi qu’on est beaucoup, en particulier les plus sensibles d’entre nous, et tou(te)s ceux qui font des métiers d’accompagnement sociaux, à connaître un schéma semblable au quotidien. À se faire violence pour rester à flot.

Si tu es dans ce cas, ou que tu as une tendance cyclique à l’être, fais un pas de côté pour observer la situation d’un point de vue plus large. Prend conscience que tu es en train de lutter contre cette pulsion, que si tu continues, tu vas te noyer dans un verre d’eau. Respire un bon coup et, plutôt que de te débattre, ferme les yeux et laisse-la prendre toute la place en toi. Cesse de lutter contre ce que tu es et ce que tu ressens. N’ai pas peur de te laisser envahir par ce sentiment et des conséquences que cela pourrait avoir. Les conséquences qui nous font peur sont précisément celles qui arrivent lorsqu’on essaie de les éviter.

En ouvrant grand les bras, tu reconnais et absorbes cette énergie comme faisant partie de toi. Alors elle n’est plus ton ennemie, il n’y a plus à la combattre, elle peut maintenant te servir. Parce que l’une n’existe pas sans l’autre, tu comprends qu’il s’agit de la même chose. Qu’en vérité, il n’y a rien à fuir, rien à combattre. Tu peux tout accueillir.

En rouvrant les yeux, ton regard émanera d’une nouvelle lueur, plus précise, plus stable. Une lueur où dansent l’ombre et la lumière. La vie et la mort réunis, la peur n’est plus.

*

Et toi, chez les autres, quel comportement t’es le plus insupportable parce que tu penses l’avoir dépassé ou que tu te situes à l’opposé du spectre ? En cherchant bien, quelles ressources pouvant te manquer se trouvent précisément chez ces personnes-là ? Dis-le moi dans les commentaires. Tu penses que cet article peut intéresser quelqu’un ? N’hésite pas à le lui partager 😉


Images de l’article : © To the Bone – Netflix

12 comments

  • VIDOR

    Hello Lou,
    c’est Carole…de “La métamorphose”…
    J’adore te lire, tes récits frissonnent d’authenticité.
    Gratitude Lou !
    Ce que tu écris là, qui est au fond le pouvoir transformateur de l’Amour, j’ai pris conscience récemment de ce pouvoir à travers mes accompagnements relationnels, conflictuels, j’avais l’impression d’arriver comme un “détonateur” qui permet aux personnes d’exprimer leurs frustrations, rages, colères, besoins mais après ça générait un blocage, une aggravation de la rigidité relationnelle alors je me suis interrogée tout un WE sur ce qui pouvait le générer et ce qui m’est venu, comme une révélation…c’est que tant que je n’avais pas fait reconnaître “correctement”, “pleinement” à chaque personne ce qu’elle avait compris de ce que vivait l’autre, c’est à dire s’assurer d’un accueil inconditionnel de chaque partie de la souffrance de l’autre, rien ne pouvait se construire de solide derrière, car l’énergie ne circulait plus. voilà, j’en suis là, il me reste à expérimenter ce que cela fera de faire accueillir/accepter ce que chacun vit.
    d’ailleurs, j’ai commencé à me l’appliquer à moi-même, et qu’est ce que c’est apaisant !
    Au plaisir de te lire.
    carole

    • Lou des Steppes (author)

      Merci Carole, de saisir la trame derrière mon article, la raison pour laquelle je l’ai écrite. J’ai parfois l’impression que je pourrais raconter 100 histoires différentes avec cette même trame, tant elle se retrouve partout pour moi.
      Oui dans les conflits, on se dit souvent qu’il est bon d’exprimer nos points de vus, nos ressentiments sans jugements, et ça peut l’être, mais souvent c’est long, pénible et le résultat est assez incertain. Je trouve plus efficace que chacun se mette un peu en danger (qu’au moins une des deux parties fasse le premier pas) pour exprimer sa vulnérabilité, sa peur profonde cachée au fond. Alors, ça désamorce instantanément le conflit. Parce que cela touche à ce qui nous relie tous, on se sent soudain moins seul et incompris, l’autre montre sa vulnérabilité à son tour. Et l’on retrouve naturellement le respect de l’autre et l’envie d’avancer sans se marcher dessus.
      Es-tu spécialisée dans l’accompagnement relationnel ? Qu’est-ce qui t’as donné envie de te lancer là-dedans ? 🙂

      • Carole

        Oui, je travaille surtout sur cela et là dedans il n’y a pas que la relation à l’autre, il y a aussi la relation à soi et c’est surtout cela qui m’intéresse : commencer par changer sa relation à soi avant de changer sa relation aux autres. Tout un programme s’ouvre alors !
        Cela me parle beaucoup, j’y suis particulièrement sensible car cette blessure, cet inconfort de “ma position-/+ dans la relation à l’autre”, il m’a fallu et il me faut encore le transcender…
        Il y a sans doute d’autres raisons qui expliquent cette envie de me lancer là-dedans et je n’ai pas fini de trouver ma mission de vie, je suis toujours en quête de la préciser pour encore mieux cibler, mieux accompagner. 🙂

        • Lou des Steppes (author)

          Il en est de même pour moi aussi, c’est tout l’intérêt de la chose que d’aller dans une direction qui nous parle sans savoir à l’avance jusqu’où elle va nous emmener. 🙂 Aimer le processus avant le but, car celui-là ne fait que changer.

          Quant à “l’inconfort de la position -/+ dans la relation à l’autre”, je crois que c’est le travail de toute une vie que de parvenir à transcender ça. On retombe dedans dès qu’on déconnecte du présent (autrement dit très souvent). Mais peut-être de se dire que ce n’est pas parce qu’on a choisi de travailler là-dedans qu’on doit incarner la perfection ou l’exemple en permanence, ça permet déjà de décompresser.

          C’est précisément parce qu’on est imparfait que l’on peut comprendre ceux qu’on accompagne et qu’ils peuvent nous comprendre aussi. Chacun se voit à travers l’autre, est accessible. Au moment où on se rappelle qu’on galère comme tout le monde, c’est là qu’on lâche prise et qu’on revient au présent, parce qu’on arrête de se regarder le nombril (nos peurs, nos rêves, nos ressources et nos failles) pour regarder l’autre.

  • Jessica

    Bonjour Lou, merci pour ce partage qui me fait du bien car oui j’ai aussi tendance à repousser ou critiquer les gens qui sont plein de colère, qui s’enervent vite et qui expriment leur agacement. Sans réaliser jusqu’ici que cette colère est très présente en moi et que je ne me suis jamais autorisée à l’exprimer. Que je vis mal l’intensité des émotions et que j’ai du mal à garder l’équilibre dans l’expression de celles-ci, alors je les garde en dedans et ceux qui expriment leur colère m’enervent….quel paradoxe. Merci pour ce texte je me permets de me regarder un peu plus et de développer un peu d’empathie envers moi-même 😉

    • Lou des Steppes (author)

      Ah l’expression de la colère… ! Gros sujet que celui-là. Je crois qu’on est beaucoup à avoir le même soucis, car dans la société d’aujourd’hui, il n’y a pas d’espace autorisé pour exprimer cette émotion. Les larmes à la limite (et encore, faut pas être un mec), mais la colère, bouh, c’est mal (surtout pour une fille) ! Or derrière la colère se cache une ressource très précieuse, qui manque majoritairement aux femmes : savoir poser ses limites. Or, on ne nous apprend pas ça, c’est même tout l’inverse, on prône la tolérance de l’autre, le calme intérieur, la maîtrise de ses émotions. Et c’est très important, mais maîtriser ses émotions c’est différent de les refouler ou de les étouffer. Tolérer l’autre, c’est différent de se faire bouffer. Être calme, ça ne veut pas dire faire comme si tu gérais tout avec douceur et sourire à longueur de journée.

      Quand on ressent de la colère, c’est qu’on ne se sent pas respecté, que quelqu’un empiète sur notre territoire. Par conséquent, ce qui se passe physiquement, c’est qu’il y a un afflux sanguin au niveau des mains, pour que l’on puisse se défendre, attraper quelque chose et/ou frapper. Oui le corps, il n’est pas là pour faire dans le politiquement correct, il est là pour survivre à l’évolution. Ca ne veut pas dire qu’il faut frapper ton prochain évidemment, c’est juste une information de ton corps et de tes émotions qui te disent, pour te pousser à l’action : là, on est en train de marcher sur tes plates-bandes, tu fais quoi ? Après, libre à toi de réagir comme tu le juges le plus adapté sur le moment.

      La plupart du temps, les gens ne se rendent pas compte qu’ils dépassent les limites, tout simplement parce qu’on a pas les mêmes. Par conséquent, on a tendance à laisser couler, à se dire “son comportement m’énerve, mais il ne se rend pas compte, et puis ce n’est pas si grave, je ferais mieux de laisser couler.” En disant ça, tu dis à ton corps (et à toi) “je choisis de respecter l’autre plutôt que de nous respecter tous les deux, car je suis moins importante que l’autre.”

  • Concombre

    Anaïs Nin ne s’est pas suicidée. Bisou

    • Lou des Steppes (author)

      Vraiment ? Mince j’en étais persuadée, j’ai du confondre avec un/une autre écrivain que j’ai découvert dans le même temps. Mais tant mieux, ça en fait une de plus qui échappe à cette série ! Merci pour l’info Concombre, je vais corriger 😉

  • Harry

    C’est Harry (histoires partielles) …Je viens de temps en temps te lire et là je n’y étais pas retourné depuis plus d’un an, je crois. J’ai été très touché par ton billet. Je me suis bien retrouvé et j’ai, en plus, compris beaucoup de choses sur mon état actuel.
    J’attire aussi des gens qui ne sont pas comme la majorité des gens de la société. J’avais pensé que c’était la curiosité, l’attirance pour les gens inhabituels : en retirer, en découvrir ce qui les animent.
    J’ai compris à travers ce que tu as écrit que je cherchais en fait des gens qui me ressemblaient ou des gens à qui je veux ressembler. Je suis un peu parfois inadapté à la vie. Et j’ai du mal à m’intégrer aux gens qui vivent dans la norme. Je ne les critique pas et je ne les trouve pas moches. Mais c’est ainsi, c’est ce que je ressens et je n’y peux rien.
    J’ai fait le rapprochement et bouclé un peu la boucle lorsque tu as parlé de l’anorexie. Je n’ai jamais été un gros mangeur, mais j’avoue que manger devient pénible. Lorsque je suis seul, je ne mange rien sauf pour me maintenir une santé minimum. Et fatalement, lorsqu’on se trouve avec des gens, il faut manger. Cela devient vraiment pénible pour moi. Je me force à manger, tout en prenant les plus petites portions, en en profitant pour laisser des choses dans mon assiette.
    Je suis à un stade croissant et c’est vraiment de plus en plus pénible.
    Le seul plaisir que je trouve, c’est pousser mon corps dans ses retranchements.
    Actuellement, je cours et je cours. Près de 30 km par semaine. Et je ressens un bien-être.
    Ta conclusion est forte et elle me parle. J’adore ton côté toujours positif.

    • Lou des Steppes (author)

      Ah Harry ! Depuis combien d’années me lis-tu maintenant ? C’est fou ! Le blog a complètement changé, comme tu as pu le constater. J’ai fini par faire de l’écriture et de mes réflexions un métier, pour allier l’utile à l’agréable. 🙂

      Aujourd’hui, bien que je n’ai plus de problème d’alimentation, je ne suis pas pour autant devenue une grosse mangeuse. Je constate que ma lenteur à manger m’a préservé de bien des problèmes d’estomac, et que mon incapacité à me forcer quand je sens que mon estomac est plein ou n’a pas faim sont en fait des qualités : je suis en contact avec mon corps et ce qui se passe à l’intérieur.

      A présent que je peux manger quand j’en ai envie, comme j’en ai envie et ce dont j’ai envie, je constate que c’est naturellement varié et équilibré tout au long de la semaine. J’ai faim au réveil, donc je petit-déjeune, mais ensuite je n’ai pas faim avant 14-15h au moins et je vais très peu manger, juste de quoi repartir. Le soir, je prends généralement le temps de manger quelque chose de bon et nourrissant et je m’endors plusieurs heures après, une fois que c’est bien digéré. Me forcer à manger un truc qui ne me fait pas envie, louper le petit déj, manger plus tôt le midi ou, surtout, dans de plus grandes quantités, me dérègle totalement mon énergie de la journée. Au final, quand on se détache un peu des rituels sociaux, on réalise que le corps sait très bien ce dont il a besoin. Il suffit de l’écouter. Et le plaisir de manger revient avec. 😉

  • Jeanne

    Ça me touche beaucoup aussi… Il y a juste une chose que je vis différemment : pour moi, dans ma vie, avoir été capable de “rejeter” la faute sur d’autres personnes a été incroyablement bénéfique et libérateur (même si cela crée aussi beaucoup de colère, sur le coup, mais au moins elle n’est plus dirigée contre soi, mais contre des injustices objectives et réelles). J’ai grandi dans la conviction que tout ce qui m’arrivait de pénible était directement ma faute; c’était très culpabilisant et paralysant, ça m’enfermait dans un cercle vicieux d’échecs, où je m’en mettais de plus en plus sur le dos et n’arrivais plus à rien. Quand j’ai été capable de comprendre que, depuis toute petite, j’avais intégré des problèmes qui n’étaient pas les miens (et que cela n’était pas ma faute, parce qu’à cet âge, ce sont les adultes qui auraient dû me protéger), j’ai pu commencer à me pardonner, à me disculper, à devenir bienveillante envers moi-même. En fait, dès que j’ai pu rendre des choses extérieures responsables de mes choix passés, j’ai pu les renier (plutôt que de les répéter encore et encore comme une fatalité émanant de moi-même) et récupérer la responsabilité de mes choix futurs.

    • Lou des Steppes (author)

      Je comprends très bien ce que tu dis. Il y a toujours une part de responsabilité des deux côtés (celui qui donne et celui qui reçoit), mais c’est clair que quand on est jeune, on n’est pas équipé pour gérer bien des choses qui nous arrivent. Et pour peu qu’on soit empathique, on récupère tout sur notre dos et il nous faut des années pour nous décoller de ce poids-là et avancer. Au final, qu’on ai choisi de prendre la responsabilité ou de la rejeter sur l’autre, l’important est d’arriver à mi-chemin en grandissant. Et de se rappeler que chacun fait au mieux avec son vécu (même si c’est parfois très loin de ce qu’on espérait). Merci pour ton témoignage, Jeanne !

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