Projeter, le doudou mental des grands

Vivre dans l’instant, c’est reconnaître qu’on ne sait rien. Quand nous nous emplissons de pensées jusqu’à déborder, nous essayons de contrôler, de nous raccrocher à quelque certitude rassurante. Et quand ce doudou tombe au gré de nos pérégrinations, nous crions et pleurons sa perte, nous appelons à l’aide pour qu’il revienne entre nos mains et que nous soyons de nouveau rassuré. Le parfum du connu monte à nos narines et apaise nos frayeurs enfantines. Nous sommes de retour à la maison.

Reconnaître que l’on ne sait pas, c’est lâcher le doudou. C’est faire preuve de curiosité et de confiance, éteindre les projections. Projeter, c’est tenter de contourner ce que l’on sait avoir à faire. Ce qui nécessite une projection n’a rien à voir avec notre travail sur nous même. C’est s’éloigner du présent et de sa vérité. « L’angoisse, c’est un morceau d’enfance mal oublié, du passé déguisé en futur » a dit un monsieur à une conférence, il y a quelques jours de ça. À chaque instant, nous avons absolument toutes les cartes en main pour prendre une décision. C’est l’illusion de savoir à l’avance ce qui va advenir ou la peur de ne pas connaître la réponse qui créé l’anxiété et la déception. Lorsqu’on admet qu’on ne sait pas, les vagues de l’esprit retombent instantanément et nous voyons alors les choses telles qu’elles sont.

Puisque je ne sais pas, qu’est-ce que je veux faire ? De quoi ai-je envie ? La réponse, alors, revient à notre portée. En acceptant notre impuissance, nous retrouvons paradoxalement notre pouvoir d’action. Ce qui ne dépend pas de nous ne nous appartient pas et chercher à impacter là-dessus, c’est sortir de notre champ d’action. C’est fuir notre responsabilité individuelle tout en se pensant plus grand que l’on ne l’est et s’affaisser sous le poids de notre prétention. Chaque jour, nous reconstruisons la Tour de Babel et pleurons sa destruction. Il nous faut revenir en nous. Urgemment.

Reconnaître nos désirs et faire face à notre vulnérabilité, c’est rouvrir la fenêtre plutôt que renforcer les murs, c’est revenir à la source de notre humanité. Une source, par essence, vit parce qu’elle s’écoule, glisse, elle ne retient ni ne se laisse retenir. Elle est. Par conséquent, elle attire et nourrit tout ce qui l’entoure, sans jamais se tarir. Rejoindre la source, c’est y plonger, être traversé par elle et se laisser porter, transporter. C’est devenir la source. Attirer et nourrir tout ce(ux) qui nous entoure, sans jamais manquer.

Projeter, c’est se pointer devant la source avec un verre, le remplir d’eau stagnante pour le ramener chez soi et se plaindre d’être assoiffé après l’avoir bu. C’est soupirer en pensant au chemin nécessaire pour retourner à la source, et prendre cette fois un seau en se félicitant pour notre prévoyance. Combien d’allers-retours va-t-il nous falloir pour réaliser l’absurdité de la situation ?

Pour respirer, il faut expirer à un moment donné. Comment obtenir quoi que ce soit en ayant déjà les mains pleines, préoccupé par ce que l’on va perdre au premier mouvement ? Choisir de s’accrocher à ses certitudes, ses croyances, c’est choisir de se ralentir, se surcharger volontairement. Souffrir. Pourquoi ne pas déposer son fardeau actuel ? On ne voyage pas léger avec une maison sur le dos. Le désencombrement de l’esprit commence le jour on l’on déclare « je ne sais pas, donc je vais aller voir. »

Ainsi il n’y a plus d’erreurs ni d’échecs ; juste des tentatives. On sort des élucubrations mentales pour revenir à l’expérimentation avec le cœur ouvert et l’esprit joueur. C’est l’une des voies. Se laisser porter par la source en libérant l’enfant.

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