Remettre du silence là où il y a trop de bruit

Vous êtes à présent 222 à liker la page Facebook, et 230 à me suivre ! Merci à tous  Pour fêter ça, j’aimerais partager avec vous quelque chose que j’ai appris récemment.

Le langage reflète notre perception du monde, et les limites que nous en avons. Les langues dans lesquelles il n’y a pas de différence de conjugaison entre le présent et le futur permettent d’anticiper et de se projeter sur l’avenir plus facilement, car il nous semble plus proche. Le fait de dire “demain il pleut” plutôt que “demain il pleuvra” rend inconsciemment le futur plus proche. Globalement, la population économisera plus facilement de l’argent, utilisera plus facilement des moyens de contraception pour éviter des grossesses non désirées, fumera moins pour éviter un cancer, etc…

Le langage structure notre perception, notre pensée et notre action. Quelque chose que je ne peux pas exprimer peine à naître et se développer en moi car je ne peux ni mettre des mots dessus pour le saisir, ni le communiquer aux autres pour enrichir ma compréhension.

En allemand, le mot “réalité”, Wirklichkeit, désigne une action. En français il désigne une chose. La réalité en français est quelque chose d’extérieur à nous, qui existe en soi et sur lequel nous n’avons pas prise. Il y a nous d’un côté et la réalité de l’autre. En allemand, il s’agit de quelque chose sur lequel on agit, que l’on peut créer. Cela peut-il expliquer pourquoi des germanophones comme Freud et Jung se sont autant intéressés à comment notre histoire passée modèle notre réalité actuelle ?

Si le langage nous limite dans notre perception, que se passe-t-il dans l’espace où il y a une absence de mots ? Dans le silence. Si j’observe un paysage magnifique avec un ami, est-ce que je n’arrête pas de l’observer (de l’extérieur et de l’intérieur) à l’instant même où l’un d’entre nous dit “c’est magnifique” ? A ce moment-là, il est catégorisé, défini, rangé. Le cerveau l’a classé dans le connu et ne poursuit plus son observation incertaine de l’inconnu qu’il représentait. L’extase de la découverte est passé.

De la même manière, est-ce que prendre une photo ne fige pas l’instant et ma capacité à le mémoriser dans son intégralité, dès lors que je l’ai externalisé ? Plutôt que d’accepter pleinement le fait que j’allais le perdre une fois celui-ci achevé, je l’ai capturé dans une boîte pour le sauver de l’oubli, le rendre immortel. Comme cet instant est devenu éternel, il n’est plus nécessaire de le vivre pleinement, de m’en imprégner, de lui laisser le temps de s’inscrire dans mon corps, mes émotions et ma tête, car je pourrai toujours y revenir en regardant l’image.

Je jouis en permanence du souvenir que j’ai de ma vie. Dans l’instant, je suis déjà en train d’imaginer le souvenir que je vais m’en faire. Je jouis de la vie depuis ma boîte. D’un côté, il y a la jouissance du “je sais/j’ai” qui nous donne la sécurité et la certitude et de l’autre “je sens/je suis” qui nous donne l’extase et l’immensité. Vivre, c’est naviguer entre ces deux extrêmes en apparence inconciliables. C’est remettre du silence là où il y a trop de bruit.

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Et toi, au quotidien, où peux-tu remettre de l’espace, de l’incertitude, de la découverte ? Qu’est-ce qui a perdu de sa saveur vivifiante parce que tu es convaincu de déjà le connaître, le posséder ? Dis-le moi dans les commentaires. Tu penses que cet article peut intéresser quelqu’un ? N’hésite pas à le lui partager 😉