Soyez avides, prenez tout et ne retenez rien

J’ai l’impression que le fantasme généralisé autour du fait de construire son business sur internet et de vivre de sa passion est sensiblement le même qu’en ce qui concerne les relations amoureuses. A force de ne communiquer que sur combien c’est merveilleux de pouvoir vivre de ce que l’on aime, d’avoir la liberté de faire ce que l’on veut sans personne pour nous diriger, de pouvoir travailler de n’importe où, de profiter des plaisirs de la vie et d’avoir atteint le graal social de réaliser ses rêves (sous-entendu « être heureux et épanoui »), on en oublie le prix qui vient avec.

Celui de devoir tous les jours être responsable de nos choix, de nos échecs, de nos blocages, de la solitude que l’on doit affronter sur ce chemin pavé d’obstacles. A force de ne communiquer que sur une partie du processus (le début d’une relation amoureuse ou la réussite de son entreprise), on se convainc de la facilité à obtenir ce résultat qui nous fait fantasmer sans se demander si l’on sait apprécier le processus dans son intégralité.

Comme le chanteur qui rêve d’être sur scène, acclamé par une foule, mais qui ne prend aucun plaisir à créer ou répéter au quotidien. Comme l’écrivain qui ne cherche que la reconnaissance sociale et rechigne à se mettre devant son manuscrit tous les jours. Ce sont là des exemples qui ne parviendront probablement même pas à dépasser le stade du fantasme, mais lorsqu’on est déjà en chemin vers nos rêves, on se retrouve régulièrement face au même schéma, à différentes étapes. Dès que l’inconnu se présente et que les peurs resurgissent.

Lorsqu’on ne focalise notre plaisir que sur une partie du processus, le résultat, et que l’on observe ceux qui y sont déjà, s’ajoute alors une difficulté supplémentaire : pourquoi cela semble évident, facile aux autres alors que moi, je n’arrête pas de me rétamer sur cette route ? Je suis vraiment incapable, nul… tout le monde y arrive sauf moi. A force d’éluder les batailles quotidiennes avec nos peurs et les échecs (essais) nécessaires à toute évolution, on entretient l’image de perfection à laquelle chacun doit répondre et ce faisant, on perpétue la violence de notre critique intérieur.

En se concentrant plus sur les résultats de nos actions que les actions elles-mêmes, subtilement mais sûrement, on transfère aux autres notre pouvoir personnel. On se met à attendre des autres qu’ils nous prennent en charge, comblent nos attentes, qu’ils nous offrent la reconnaissance et l’amour que l’on n’ose se donner à nous-même. Comment éviter ça ?

Comme pour tout problème, il suffit de changer notre point de vue dessus, décaler ou élargir notre vision pour percevoir les choses autrement. Plutôt que de la restreindre constamment, embrassons notre nature romantique, celle qui soulève notre cœur pour nous faire partir en quête de nos désirs. Ouvrons-lui grand les bras.

Comme l’amoureux qui se réjouit de chaque pas qui le rapproche de l’élu(e) de son cœur, qu’il soit déjà avec ou pas (car il sait que rien n’est jamais acquis), ne craignons pas de rêver grand, car le cœur ne déploie pas son énergie pour un objectif ingrat. Il ne nous porte pas vers la meilleure version de nous-même, ne nous donne pas la force de transformer nos défaites si la vision à laquelle on aspire ne vaut pas le combat quotidien. Quand on vise l’entre-deux en pensant alléger notre peine, nos peurs surpassent notre énergie, car notre cœur est malheureux qu’on ne croit pas suffisamment en lui.

Ce n’est pas en diminuant nos désirs, en les écrasant sous une chape de raison et de craintes que l’on se grandit, mais en ayant le courage d’oser vouloir tout. Vouloir tout, ce n’est pas se borner uniquement à atteindre la lumière au bout du tunnel.

Vouloir tout, c’est se réjouir des épines autant que de la rose, de la douleur comme de l’extase. C’est caresser la légèreté de l’insouciance et rire au visage de l’agonie. C’est embrasser l’intensité du vide, la volupté du confort, c’est danser avec le risque. Sentir la grâce du désespoir qui accompagne inévitablement la chute. C’est découvrir que l’attente peut être douce et la révolte excitante, se délecter des griffes car elles décuplent notre force. Savoir que la lumière peut éblouir et les ténèbres être apaisantes… Comme l’amoureux transi, adorez tout, sans distinction, car c’est en vous sentant béni autant dans les épreuves que dans les succès que vous goûterez à la transcendance d’être en vie.

Ne jouez pas petit, ne soyez pas comme ceux qui s’enferment dans le supplice de la roue et craignent de se réjouir quand ils sont en haut, parce qu’ils savent qu’ils finiront par redescendre tôt ou tard. Ne vous contentez pas de la moitié de ce que la vie peut vous offrir, soyez ambitieux, soyez avides, exigez tout.

Prenez tout et ne retenez rien. Laissez-vous traverser. La jouissance de l’existence ne s’offre pas pour moins que ça.

*

Et toi, dans quel domaine te retiens-tu encore de rêver grand ? Dis-le moi dans les commentaires. Tu penses que cet article peut intéresser quelqu’un ? N’hésite pas à le lui partager 😉

6 comments

  • Isabelle

    Merci de remettre tout cela en perspective Lou. En effet, on a tendance à cacher nos échecs et à mettre en lumière nos succès, alors que l’un ne va pas sans l’autre… Alors que vaille que vaille, traversons notre existence de la manière la plus brillante qu’il soit ! <3

    • Lou des Steppes (author)

      Oui ! Tout le paradoxe réside dans le fait qu’assumer et partager nos échecs, au lieu de nous rendre vulnérables, nous permet justement de nous recentrer. En choisissant de regarder ces évènements bien en face, plutôt que de les éviter ou de les ignorer, on met de côté l’image de nous-même à laquelle on s’efforce de ressembler pour voir où l’on est vraiment. Et, ce faisant, on retrouve notre juste place dans l’instant et l’on voit plus clairement quoi faire, dans quelle direction aller. Ce faisant, on parvient alors à briller, car on a apporté de la lumière (conscience) dans les ténèbres (inconscientes) que l’on n’osait pas affronter. C’est là toute la beauté : trouver ce qu’on cherchait ailleurs que là où on l’attendait.

  • lisa

    C’est avec un émerveillement certain que je découvre cet article… Tout cela fait tant écho en moi. Il apparaît au parfait. Merci encore pour ces mots qui ont ouvert des portes en moi !!

  • MyMantra

    Un merci géant pour cet article au combien nécessaire !

  • lalalaitou

    Coucou Lou,
    J’ai lu les articles que tu m’avais conseillés de ton blog et je tombe sur celui là qui m’éclaire plus sur ma femme sensuelle bizarrement.
    C’est comme si en ne me permettant pas de tout vouloir, je la domestiquais, je veux dire , je me la joue sournoise avec elle, genre “ok, t’es un peu sorcière, connectée à la Nature, tu pulses l’eau, la roche, le bois et la mousse ” mais viens, tu vas aller t’installer dans une petite masure, à l’écart du village, d’où tu verras la forêt et où pas grand monde viendra t’embêter, mais tu vas faire des gentilles enluminures ou des broderies. Saaaage. Libre mais pas complètement, ou plutôt “gentiment” libre. Tu crées, mais plan-plan, avec tous les atours (maison isolée du village, solitude) de ce que tu crois aimer, mais tu n’es pas allée explorer à fond, tu te la joue sage wise alors que ton corps veut du brut, des éléments en pleine vie, des astres, des orages, de l’énergie primale et tellurique; Des ondes. Et peut-être même pas créer. Juste être.
    Merci. Je retourne dans le bois pieds nus sous la pluie en pleine nuit pour explorer ! Bon vent à toi.

    • Lou des Steppes (author)

      Ahah, j’aime quand certains articles appellent au hasard, en dehors des suggestions faites au départ. Et oui, il est facile de se convaincre qu’on est rebelle et de s’en gausser quand finalement, on découvre qu’on ne fait que jouer la planquée, parce qu’il y a une part de nous terrorisée que cela arrange bien d’être à l’écart du monde.

      Après de mon expérience, il est capital de se réserver quelques zones secrètes, intimes, loin du regard des autres, pour avoir la liberté d’explorer des choses encore fragiles en toute tranquillité, le temps de décider si l’on souhaite les faire fleurir ou mourir.

      Bonne promenade dans les bois 😉

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