Le goût de la cendre précède toujours la rosée

So… j’ai essayé de faire la brave en repartant marcher après 3 jours de pause parce que « faut quand même avancer, rester planter là va pas aider » et maintenant je tousse à m’en décrocher les poumons et je regrette de ne pas être restée en arrière, parce que je suis à la veille de voir Anne Bire (que je ne peux de toute évidence pas voir dans cet état-là) et je me retrouve bloquée dans un endroit bien moins cool que là où j’étais la veille. Damn me.

Notez qu’au moins, d’avoir fait quelques pas plus loin, ça m’a permis de répondre à deux questions que je me posais :

🗺 Est ce que le chemin que j’ai décidé d’emprunter à l’envers est bien balisé ? Ça passe. Après, faire 10km sur une départementale puis me paumer dans les champs brûlants d’oliviers, c’était assez moyen…

⛺️ Est ce que c’est ma paresse qui me fait vouloir rester sur place plus longtemps ? Non. Par contre le jugement que je porte sur mon rythme (de peur de dilapider mon petit budget en faisant du sur place trop longtemps, de peur d’être perçue comme une paresseuse, de peur d’être improductive si je me pause ce qui – bien évidemment – m’empêche totalement de me pauser), ça ça me fait faire de la merde. Et c’est pas la première fois.

Je constate que je continue, même en ayant changé la formule et rendu mon contenu gratuit / accessible, de me sentir redevable auprès de vous, au lieu de me sentir soutenue… ce lien n’est pas encore libre de ses chaines, et il m’encombre, m’ennuie, il m’empêche d’être dans l’oubli de moi que je souhaiterai. Pas un oubli qui veut se déresponsabiliser, bien au contraire, mais un abandon généreux, un don de soi réel. Total.

Lorsque je ne suis plus rien pour personne, je suis au centre de tout, je suis avec tout. Tandis que lorsque je m’efforce de créer un centre autour de moi, ce n’est que poussière agitée par le vent. Ce sable goûte la cendre et je voudrais m’arracher la voix d’oser user de mes mots à de telles fins. J’ai honte. Alors, sur le souffle qui anime mes cordes vocales tombe à présent un poids qui m’oppresse…

Derrière, il y a une grâce qui veut s’exprimer et que, craignant qu’elle ne fasse tout déborder tel un torrent lumineux, je tente encore de retenir comme je le peux. Mais au fond, je sais que j’ai déjà perdu, je lui ai déjà tout donné. Il y a bien longtemps de ça…

Que puis-je faire d’autre que céder à ce qui me dépasse ? Je pleure et me déchire de ce qui est en train de mourir et auquel je n’ai pas encore eu le temps de dire adieu.

C’est un vitrail de l’église de Maussanne les Alpilles. Y a pas grand chose de particulier dans cet église, et dans un coin d’un coup, tu tombes sur ça…

Et non, marcher ou pas, n’est pas la question, en effet… la tension, elle survient lorsque je veux basculer dans le silence et la contemplation, et qu’aussitôt je crains de couper le lien avec vous. Je crains en partant un moment ailleurs que vous ne soyez plus là lorsque je reviens. Je crains de vous perdre, et si je le crains c’est bien parce qu’il y a un lien de dépendance (ici financière) qui vient biaiser la liberté relationnelle souhaitée derrière. Peut être cela a t-il aussi à voir avec mon rapport inconscient aux relations d’amour, et aux hommes qui m’ont tous trompé chaque fois que j’ai pris du temps pour moi, loin d’eux, pour marcher. Alors que le soucis avec eux n’a jamais été que je prenne du temps pour moi, cette association répétitive avec mon départ en voyage a fini par créer une peur mal placée. Je n’avais jamais songé à cela avant. Je veux dire, le lien possible avec vous…

J’ai dédié ce voyage (peut-être ne vous l’avais je pas partagé) à l’Amour. Et depuis 3 jours, ma relation à celui ci (et donc à moi même et aux autres) est en train de profondément changer. Je le sens en dedans. Y a des moments où je l’embrasse et je me retrouve dans la grâce, et d’autres où je flippe de mourir et je veux tout contrôler (et là je perds mon souffle et ma voix). Ça me rend assez schizo de passer de l’un à l’autre en quelques heures, et de voir mon état de santé passer du tout au tout en fonction de mon état d’énergie…